• contact@regionsudcomoe.ci
  • +225 21 30 55 97 / 98
Monday, 06 March 2017 00:00

« Le SANVI, un royaume Akan » (1701 – 1901) par Mme Henriette Dagri DIABATE

Written by
Rate this item
(0 votes)

Le SANVI a fait l’objet de plusieurs études et publications. Une thèse remarquable lui a été consacrée par Mme Henriette DAGRI DIABATE, Docteur d’Etat en Histoire, actuellement Grande Chancelière de l’Ordre National de Côte d’Ivoire.

Elle a essentiellement trait à l’identification, l’origine et la migration des ANYIN aux premiers occupants de la Région, à la conquête et la cristallisation du SANVI.C’est l’une des premières thèses d’histoire soutenues par un chercheur ivoirien. Quelques extraits de cette œuvre majeure, relatifs à la présentation du Sanvi et à son organisation politique.

Blotti contre la frontière Ghanéenne, à l’extrême Sud-Est de la Côte d’Ivoire, le Sanvi se présente comme un triangle isocèle dont le sommet serait la source de la rivière Songan et dont la base, encadrée par la Tanuè ( Tanoé) ,à l’est et le Kunmue ( Comoé) à l’ouest s’étendrait de la lagune Ehi à celle de Kojobue ( Kodjoboué) .

* Réseau Hydrographique

Le réseau hydrographique est particulièrement dense. La BIA, née au Ghana, constitue l’épine dorsale du SANVI ; elle traverse, du nord au sud, sur 150Km, toutes les formations du relief. Elle est prise dans une vallée étroite et sinueuse, encombrée de rochers et coupée de rapides, dont les plus importants ont été exploités à hauteur d’Ayamin (Ayamé) pour la construction de deux barrages hydrographiques. * Activités économiques et religieuses Les activités économiques et religieuses du Sanvi sont liées au rythme des saisons. A la fin de la grande saison sèche qui court de la mi-décembre à la mi-avril, commencent les travaux de culture ; Ceux-ci se poursuivent durant la grande saison de pluies entre la mi-avril et la mi-juillet. Pendant la petite saison sèche, les cultures parviennent à maturité pour être récoltées. C’est au cours de cette dernière saison que se produisent la plupart des manifestations culturelles et religieuses. La plus importante étant la fête des ignames.

* Peuplement et Population

Sont autochtones les Anyin, les Agua, les Eotile, les Esuma et les Nzinma. Agua et Anyin sont fondus en un seul groupe dispersé sur tout le territoire, du Nord à l’Est de la lagune ABI. Les Eotilé sont concentrés sur le pourtour de cette lagune, avec des prolongements à l’Est vers la Tendo et à l’Ouest vers l’embouchure de la Kojobue et la région de Ngandan-Ngandan. Autour d’Asini (Assinie) et au Sud du pays eotile, Les Esuma occupent quelques campements et villages. Enfin, à l’Est, les Nzinma, sont concentrés autour des lagunes Tendô et Ehi, ainsi que dans la basse vallée de la Tanuè. Les allochtones venus plus tard, sont en majorité, originaires du Burkina-Faso et du Mali, mais aussi, des Malinké et des Senoufo, arrivés du Nord de la Côte d’Ivoire, des Baoulé venus du Centre, des Wê et des Bété de l’Ouest

* Organisation politique du Sanvi

On trouve au Sanvi les trois conditions indispensables à l’existence de l’Etat : une communauté d’hommes, un territoire sur lequel s’exerce son pouvoir juridique, un gouvernement. L’Organisation de Sanvi est particulièrement subtile. L’Etat dispose d’un appareil gouvernemental et administratif complexe, à travers lequel le chef exerce sa suprématie sur tous les organes et sur tous les pouvoirs, sur toutes les communautés humaines.

Le Sanvi est une monarchie. Mais cette monarchie présente la particularité d’être à deux têtes. Le pouvoir du belemgbin, bien réel, est cependant contrôlé et tempéré par une aristocratie de nnihiè, Au sommet de la hiérarchie des nnhiè, le benlemgbin détient les droits et privilèges les plus importants.

L’Etat Sanvi est donc aussi une monarchie aristocratique. L’Etat Sanvi présente des indices de décentralisation : les circonscriptions, contrôlées par l’autorité centrale, sont dotées d’une autonomie administrative quotidienne qui décharge le pouvoir central ; le belemgbin délègue une partie de ses compétences judiciaires er financières aux responsables de ces circonscriptions.

Les caractères dominants du pouvoir font du SANVI un Etat centralisé. Il n’y a pas de possibilité de prise de décision ailleurs qu’à Kèlènjiabu et le pouvoir est concentré entre les mains du belemgbin qui détient le monopole de la souveraineté et qui, seul peut déléguer une partie de son autorité aux responsables locaux.

L’Etat Sanvi présente aussi des caractères de déconcentration : le belemgbin administre, au moins en partie, à l’aide d’agents dont les premiers ont été nommés de manière discrétionnaire par lui, qu’il peut révoquer à tout moment, sur lesquels il exerce un contrôle poussé.

La caractéristique essentielle de l’Etat Sanvi est donc d’être une organisation politique et administrative structurée en une pyramide dont le sommet est le belemgbin : tout part de lui et tout aboutit à lui.

* Importance du Royaume du Sanvi : Centres d’intérêts historiques

  • Le premier centre d’intérêt, économique, tient au fait que le Sanvi est la limite occidentale du pays de l’or. A partir d’Asini (Assinie), en effet, on entre dans la zone de la côte atlantique dénommée Côte de l’Or, connue pour l’abondance de sa production en métal jaune. Au XVIII ème siècle le pays d’Asini est qualifié de « Segond Perou » ; à la fin du XIXème siècle encore, on en parle comme d’un « Nouvel Eldorado », réputé surtout pour la pureté de son or.

Ce renom est à l’origine de la création, en 1701, du premier établissement français d’Asini : le Fort St-Louis, à l’existence éphémère.

  •  Le second centre d’intérêt est politique : les conquérants Anyin, arrivés dans le premier quart du XVIIIème siècle, ont absorbé Asini dans un système plus vaste, pour fonder l’un des royaumes les mieux organisés du monde akan occidental : le Sanvi. 
  • Le troisième centre d’intérêt est la dimension stratégique du Sanvi, liée à sa position géographique. Le nouveau contexte politique favorable - fondation d’un royaume fort- joint aux conditions économiques et à la richesse de l’arrière pays, donnaient au Sanvi des atouts qui déterminèrent, une fois encore, le choix d’Asini, par les français, pour la construction du Fort Joinville, en 1843 ; au début, ils s’en servirent comme point de départ pour la pénétration vers l’intérieur à la recherche de marchés importants ; ensuite, à partir de 1885, Asini devint le centre d’où partirent, en direction du Nord, les missions d’exploration en quête de zones d’influence économique et politique. Le Sanvi est donc l’une des portes de la pénétration et de la colonisation française en Côte d’Ivoire.
Read 5449 times Last modified on Monday, 06 March 2017 17:58